samedi 13 janvier 2018

Dominique Lormier. Les 100 000 collabos. Le fichier interdit de la collaboration française. (2)




De nombreux Français ont travaillé pour les divers services de sécurité allemands. La Gestapo comportait en ses rangs 6 000 agents français (2 500 Allemands) et 24 000 informateurs. Durant la même période, la Résistance compta 150 000 membres permanents et 300 000 occasionnels. Parmi les aides de la Gestapo, on relève le parcours invraisemblable d’Henri Barbé. Ouvrier métallurgiste, il adhère à 15 ans aux Jeunesses socialistes. Partisan de l'adhésion à la IIIe Internationale, il opte pour le Parti communiste. En 1926, il succède à Jacques Doriot comme secrétaire général des Jeunesses communistes, avant d'accéder au Bureau politique en 1927. En 1929, il remplace Pierre Sémard à la tête du PCF, dans une équipe qui comprend également Maurice Thorez et Pierre Célor. En 1931, il est mis en cause au cours d'une réunion du Bureau politique auquel participe le représentant de Moscou, Manouilsky. Accusé de fractionnisme, il est éliminé du BP (et remplacé par Thorez). Il est rétrogradé au poste de secrétaire du rayon de Saint-Ouen. Exclu du PCF en 1934, il rejoint Jacques Doriot et fonde avec lui le PPF dont il est secrétaire général de 1936 à 1939. Il rejoint le RNP de Marcel Déat. Condamné aux travaux forcés à la Libération, il est libéré fin 1949. Il participe alors à la revue anticommuniste Est-Ouest. Il meurt en 1966. Dès l’été 1941, il était devenu l’agent personnel de Karl Bömelburg, chef de la Gestapo à Paris. En 1943, les nazis l’aident à installer Radio-Vérité où il propage ses idées fascistes.

vendredi 12 janvier 2018

Dominique Lormier. Les 100 000 collabos. Le fichier interdit de la collaboration française. Paris : Le Cherche Midi, 2017. (1)



Nous voyageons avec cet ouvrage dans la zone grise de la France occupée, un pays qui ne compta ni 40 millions de pétainistes ni 40 millions de résistants. Une zone où un Mitterrand se mut comme un poisson dans l’eauUne France où des hommes et des femmes d’extrême gauche dans les années 30 deviendront des tortionnaires au service des nazis et où d’anciens fachos prendront les armes contre l’occupant et connaîtront les camps de concentration ou les pelotons d’exécution.

Ce fichier comporte exactement 96 492 noms, équivalant en gros au nombre de personnes épurées. Comme par hasard. Avec des aberrations. On y trouve le tout jeune acteur François Périer, certes d’origine bourgeoise et de droite, mais pas Pétain ! Une raison en sera donnée a posteriori par Alexandre de Marenches, ancien directeur des services secrets, dans le long entretien que Christine Ockrent lui consacrera en 1986 pour son livre Dans le secret des princes. Il révélait, sibyllin, que de prétendus résistants étaient en fait des collabos. Le colonel Paul Paillole (1905-2002), ancien responsable du contre-espionnage français, se sentit visé et réagit vivement. Le ministre de la Défense André Giraud étouffa l’affaire, au point qu’il ne fut pas possible de verser ce fichier au dossier d’instruction du procès Papon. Paillole, maître d’œuvre du fichier, avait été résistant maréchaliste.

samedi 6 janvier 2018

Les radars : pas grand chose à voir avec la sécurité routière !


Pardon, cher Philippe...

Ces jours-ci, un homme de 68 ans, alcoolisé, a pris l'autoroute dans le mauvais sens (nombreux sont ceux qui font de même sans alcool). Trois morts dont un enfant. Selon la sécurité routière, en 2016, 124 accidents de ce type ont occasionné 28 morts. 22% des conducteurs étaient âgés de 75 ans et plus. Parmi les chauffards âgés de 25 à 44 ans, 50% avaient un taux d'alcool supérieur à 0,5 gramme/litre.

Il meurt actuellement environ 3 400 personnes sur les routes par an. 1/3 des accidents sont causés par l'abus d'alcool. 21% surviennent suite à des prises de drogue. Si l'on additionne les 124 morts des autoroutes, les 1 000 morts dus à l'alcool et les 700 morts dus à la drogue, on atteint un total de plus de 1 800 morts. Auxquels ils faut ajouter une bonne centaine de morts dus au mauvais état des routes (le chiffre annoncé dans le tableau plus bas est faux). On frôle donc certainement les 2 000 morts.

jeudi 21 décembre 2017

Est-il raciste de dire que la neige est blanche ?



Autres questions idiotes : fallait-il que Blanche-neige fût blanche ? La peur peut-elle être bleue ? Une colère peut-elle être noire ?

Figurez-vous que le 18 décembre 2017, pour la première fois depuis quatre ans, il a vraiment neigé à Lyon et que, comme la neige avait posé son grand manteau, la ville était toute blanche. Je vous passe l’impéritie normale, désormais habituelle, des pouvoirs publics, incapables de réagir à cette neige prévue 36 heures avant “ l'événement neigeux ” (comme on dit à Météo France), ce qui laissa sur le carreau (blanc ?) des automobilistes, mais aussi des piétons qui ne purent se déplacer pendant une matinée. Fichtre ! 5 centimètres, 10 centimètres à tout casser, c'était l'Alaska.

jeudi 14 décembre 2017

Pas de comité scientifique consultatif pour l’Université de Lyon




Quand on est colonisé dans sa tête par les Yankees, quand on baigne dans l’idéologie du capitalisme financier et qu’on en est un de ses agents les plus prestigieux, on ne s’exprime pas en français, on jaspine le jars globish. Donc pas de comité scientifique consultatif pour l’Université de Lyon mais un Scientific Advisory Board, international, cela va de soi.

Cet effacement du français par le globish n’est pas qu’une question de vocabulaire. Il implique des pratiques très nouvelles. Ce SAB comporte 15 personnalités, dont huit extérieures. Ces dernières grassement payées. Préside le SAB Sybille Reichert, de l’Université Erlangen-Nürnberg. Diplômée de Yale (forcément !), elle a exercé à l’Université de Zurich puis a été élue présidente de l’Université de Nuremberg. Entre temps, elle avait monté sa propre société de consultants (Reichert Consulting for Higher Education). Elle est devenue une pro de la consultation en Europe et promeut, entre deux avions, l’idéal d’une université globalisée, rentable, avec des contrats précaires pour les personnels et des étudiants endettés.

Le président de l’Université de Lyon, le professeur d’économie Khaled Bouabdallah, a décidé de lui allouer 10 000 euros pour 40 heures de présence par an (250 euros de l’heure). Les autres conseillers toucheront entre 2 500 et 4 000 euros. Les huit personnalités internes ne toucheront rien.

De mon temps, pas si éloigné que cela, ce type de Board n’existait pas. Les universitaires, qui ne se prenaient pas pour des super cadres du privé, ne couraient pas après les jetons de présence. Des prestations hors des universités de rattachement étaient toujours effectuées gratuitement.

Le but ultime de cette magouille institutionnelle est, dans la logique des politiques menées par Pécresse et Fioraso, de dépouiller les personnels universitaires (enseignants, étudiants, administratifs) de toute représentation et de tout pouvoir démocratique pour les confier à des « personnalités » extérieures, toutes plus éminentes les unes que les autres.

PS : l'université de Poitiers vient de lancer son flamboyant “ Career Center ” (orthographe zunienne). Comment dit-on “ Ben couillon ” en texan ?

Pas de comité scientifique consultatif pour l’Université de Lyon

lundi 11 décembre 2017

Emmanuel Macron, ou l'oligarchie au pouvoir (2)


Pas de programme : un projeeet !

Macron aura gagné grâce à un « projet » (« C’est notre projeeet », hurlait-il lors des envois tautologiques de ses discours complètement messianiques) que pas un Français ne serait capable de décrire en dix lignes, ce au prix d’une abstention massive, à la présidentielle puis aux législatives, dont la signification fut violemment politique au point que la pratique du vote en France tend désormais à ressembler à celle des Etats-Unis. Pour le renouvellement de l’Assemblée nationale, seuls 43% des électeurs se déplacèrent, moins de 40% dans les quartiers populaires, à peine 30% chez les moins de 35 ans. Non seulement le Parlement n’a plus grand-chose à voir avec le pays réel mais le lien est désormais rompu entre la représentation nationale et la classe ouvrière et les employés (55% de la population globale), la paysannerie, les personnes âgées.


Avant même la campagne pour l’élection présidentielle, Macron a mis au point une méthode radicale pour appliquer ses contre-réformes, identique à celle qu’avait imaginée François Fillon. D’abord travailler dans l’urgence, y compris en pleines vacances estivales, même au prix de quelques couacs de Gribouille, pour sidérer la population et neutraliser les résistances syndicales. Un zèle, une célérité permettant de répondre aux desiderata de l’Union européenne concernant la précarisation du travail, la fin du statut de la Fonction publique (Macron a démissionné de celle-ci et en est fier), la privatisation de la Sécurité sociale, la réduction des retraites, la baisse sans fin du pouvoir d’achat par la modération des salaires. Sans oublier le transfert sur les salariés des « charges » payées par les employeurs. Avec l’excuse, qui prend de moins en moins, de la modération des déficits publics voulue par l’Union européenne.

samedi 9 décembre 2017

Macron, ou l’oligarchie financière au pouvoir (1)


Ci-dessous, un article rédigé il y a trois mois à l'invitation de l'1dex Mag, publication papier suisse, aussi originale que méritante.


En fait, on a tous eu la berlue : François Fillon n’a pas été éliminé au premier tour de l’élection présidentielle, et il a même remporté le second. Il a pu ainsi mettre en œuvre ses principales mesures : par exemple, une attaque contre les protection dont jouissaient les travailleurs par le biais de la « réforme » du Code du travail, le gel du point d’indice des fonctionnaires en attendant, en bonne logique, celui de leurs carrières, la suppression du jour de carence pour ces mêmes fonctionnaires en jouant sur les mots : désormais « absence » est devenu « absentéisme » ; la suppression du tiers payant généralisé suite à la pression des médecins libéraux ; la diminution de l’aide au logement pour les pauvres et le miséreux ; la fin programmée des juridictions prudhommales ; des avantages fiscaux pour les très riches (payés par les classes moyennes). La liste s’allonge quotidiennement.


L’histoire dira peut-être un jour à des observateurs stupéfaits que l’élection d’Emmanuel Macron fut le résultat d’un véritable complot. Certes, quand on parle de complot, on passe pour quelqu’un de droite. Mais enfin, tout de même, cette élection à la magistrature suprême d’un jeunot inconnu trois ans auparavant, même s’il prenait le thé chez Hollande, Minc et Attali (qui servait d’intercesseur avec le milliardaire Soros) ; une élection dans un fauteuil après la campagne la plus vide de politique de l’histoire de la République, en dépit ou grâce à l’abstention massive ; une élection qui vit le candidat de droite « qui ne pouvait pas perdre » balayé (à juste titre) par un scandale médiocre ; puis le Premier ministre socialiste écrabouillé dans une primaire dont les chercheurs en sciences politiques les plus subtils comprendront peut-être dans deux siècles les tenants et les aboutissants ; une élection où les médias dominants construisirent tous, au cordeau, la même image des candidats en présence. Tout cela était trop beau pour être honnête.