jeudi 14 décembre 2017

Pas de comité scientifique consultatif pour l’Université de Lyon




Quand on est colonisé dans sa tête par les Yankees, quand on baigne dans l’idéologie du capitalisme financier et qu’on en est un de ses agents les plus prestigieux, on ne s’exprime pas en français, on jaspine le jars globish. Donc pas de comité scientifique consultatif pour l’Université de Lyon mais un Scientific Advisory Board, international, cela va de soi.

Cet effacement du français par le globish n’est pas qu’une question de vocabulaire. Il implique des pratiques très nouvelles. Ce SAB comporte 15 personnalités, dont huit extérieures. Ces dernières grassement payées. Préside le SAB Sybille Reichert, de l’Université Erlangen-Nürnberg. Diplômée de Yale (forcément !), elle a exercé à l’Université de Zurich puis a été élue présidente de l’Université de Nuremberg. Entre temps, elle avait monté sa propre société de consultants (Reichert Consulting for Higher Education). Elle est devenue une pro de la consultation en Europe et promeut, entre deux avions, l’idéal d’une université globalisée, rentable, avec des contrats précaires pour les personnels et des étudiants endettés.

Le président de l’Université de Lyon, le professeur d’économie Khaled Bouabdallah, a décidé de lui allouer 10 000 euros pour 40 heures de présence par an (250 euros de l’heure). Les autres conseillers toucheront entre 2 500 et 4 000 euros. Les huit personnalités internes ne toucheront rien.

De mon temps, pas si éloigné que cela, ce type de Board n’existait pas. Les universitaires, qui ne se prenaient pas pour des super cadres du privé, ne couraient pas après les jetons de présence. Des prestations hors des universités de rattachement étaient toujours effectuées gratuitement.

Le but ultime de cette magouille institutionnelle est, dans la logique des politiques menées par Pécresse et Fioraso, de dépouiller les personnels universitaires (enseignants, étudiants, administratifs) de toute représentation et de tout pouvoir démocratique pour les confier à des « personnalités » extérieures, toutes plus éminentes les unes que les autres.

PS : l'université de Poitiers vient de lancer son flamboyant “ Career Center ” (orthographe zunienne). Comment dit-on “ Ben couillon ” en texan ?

Pas de comité scientifique consultatif pour l’Université de Lyon

lundi 11 décembre 2017

Emmanuel Macron, ou l'oligarchie au pouvoir (2)


Pas de programme : un projeeet !

Macron aura gagné grâce à un « projet » (« C’est notre projeeet », hurlait-il lors des envois tautologiques de ses discours complètement messianiques) que pas un Français ne serait capable de décrire en dix lignes, ce au prix d’une abstention massive, à la présidentielle puis aux législatives, dont la signification fut violemment politique au point que la pratique du vote en France tend désormais à ressembler à celle des Etats-Unis. Pour le renouvellement de l’Assemblée nationale, seuls 43% des électeurs se déplacèrent, moins de 40% dans les quartiers populaires, à peine 30% chez les moins de 35 ans. Non seulement le Parlement n’a plus grand-chose à voir avec le pays réel mais le lien est désormais rompu entre la représentation nationale et la classe ouvrière et les employés (55% de la population globale), la paysannerie, les personnes âgées.


Avant même la campagne pour l’élection présidentielle, Macron a mis au point une méthode radicale pour appliquer ses contre-réformes, identique à celle qu’avait imaginée François Fillon. D’abord travailler dans l’urgence, y compris en pleines vacances estivales, même au prix de quelques couacs de Gribouille, pour sidérer la population et neutraliser les résistances syndicales. Un zèle, une célérité permettant de répondre aux desiderata de l’Union européenne concernant la précarisation du travail, la fin du statut de la Fonction publique (Macron a démissionné de celle-ci et en est fier), la privatisation de la Sécurité sociale, la réduction des retraites, la baisse sans fin du pouvoir d’achat par la modération des salaires. Sans oublier le transfert sur les salariés des « charges » payées par les employeurs. Avec l’excuse, qui prend de moins en moins, de la modération des déficits publics voulue par l’Union européenne.

samedi 9 décembre 2017

Macron, ou l’oligarchie financière au pouvoir (1)


Ci-dessous, un article rédigé il y a trois mois à l'invitation de l'1dex Mag, publication papier suisse, aussi originale que méritante.


En fait, on a tous eu la berlue : François Fillon n’a pas été éliminé au premier tour de l’élection présidentielle, et il a même remporté le second. Il a pu ainsi mettre en œuvre ses principales mesures : par exemple, une attaque contre les protection dont jouissaient les travailleurs par le biais de la « réforme » du Code du travail, le gel du point d’indice des fonctionnaires en attendant, en bonne logique, celui de leurs carrières, la suppression du jour de carence pour ces mêmes fonctionnaires en jouant sur les mots : désormais « absence » est devenu « absentéisme » ; la suppression du tiers payant généralisé suite à la pression des médecins libéraux ; la diminution de l’aide au logement pour les pauvres et le miséreux ; la fin programmée des juridictions prudhommales ; des avantages fiscaux pour les très riches (payés par les classes moyennes). La liste s’allonge quotidiennement.


L’histoire dira peut-être un jour à des observateurs stupéfaits que l’élection d’Emmanuel Macron fut le résultat d’un véritable complot. Certes, quand on parle de complot, on passe pour quelqu’un de droite. Mais enfin, tout de même, cette élection à la magistrature suprême d’un jeunot inconnu trois ans auparavant, même s’il prenait le thé chez Hollande, Minc et Attali (qui servait d’intercesseur avec le milliardaire Soros) ; une élection dans un fauteuil après la campagne la plus vide de politique de l’histoire de la République, en dépit ou grâce à l’abstention massive ; une élection qui vit le candidat de droite « qui ne pouvait pas perdre » balayé (à juste titre) par un scandale médiocre ; puis le Premier ministre socialiste écrabouillé dans une primaire dont les chercheurs en sciences politiques les plus subtils comprendront peut-être dans deux siècles les tenants et les aboutissants ; une élection où les médias dominants construisirent tous, au cordeau, la même image des candidats en présence. Tout cela était trop beau pour être honnête.

mercredi 6 décembre 2017

Johnny Halliday, le « caméléon génial »




L’Obs.fr sous-titre son premier article sur la mort de Johnny « le caméléon génial ». Cela m’a rappelé la publication d'un de mes premiers articles en juin 1970 dans l’excellent hebdomadaire britannique New Society (qui a disparu, bien sûr), que j’avais intitulé “ Yéyé and after ” et où j’avais repéré cet aspect de l’idole des jeunes. Un peu par miracle, je l’ai retrouvé.


For a foreigner, at least, pop music in England is omnipresent, “ in the air ”. It is indefinable, impalpable but inescapable. Pop has had notable influence on the cinema, on theatre, on advertising, on fashion… But in France, both the amount of pop and its effects are much smaller.

Pop started in France ten years ago when Johnny Halliday appeared on the stage of Le Golf Drouot. A would-be Presley, Halliday more or less killed off the traditional chanson ; only five or six of the traditional singers survived. He shouted, rolled on the ground, and uttered trivialities. His fans were mainly working class adolescents. Like the English Teds, who had turned to rock and roll, their French equivalent – the blousons noirs – played yéyé music. A few months after Halliday’s eruption, Daniel Filipacchi, who was a shrewd journalist and a daring businessman, launched a daily radio programme and a monthly magazine, both called Salut les Copains, after the title of a song by Gilbert Bécaud. Broadcast each daya t 5 pm on the Europe N° 1 station, Salut les Copains very soon diverted kids from ther studies (in France they get more homework than Englsih schoolchildren do). Europe 1 became a pop trampoline.

vendredi 1 décembre 2017

Que mangeaient les Gaulois ?




Les Gaulois nous ont laissé un vêtement : la capuche. Celle de Robin Hood, Roro la Capuche qui mit (fictivement) une bonne ambiance dans le comté du Nottinghamshire.

Que nous ont laissé les Gaulois en termes de nourriture, d’art culinaire ? Ce n’est pas facile à déterminer car, la culture étant largement orale à l’époque, on manque de sources fiables.

L’historien latin Pline l’Ancien évoque les oies, vendues au marché de Rome, en provenance de l’actuelle Belgique. D’autres historiens mentionnent systématiquement les salaisons gauloises qui avaient un vrai succès. Les Gaulois savaient préparer le jambon, les tripes, l’andouillette. Il semble qu’il ne faille pas faire de fixation sur les sangliers d’Obélix, produits d’une chasse réservée à une minorité. Les Gaulois domestiquaient vaches et chèvres pour leur lait. Ils mangeaient fréquemment du lièvre. Pas de lapin, apparu en France au moyen âge.

Les Gaulois pêchaient mais il semble qu’ils ne savaient pas conserver le poisson. On a trouvé fort peu de traces de coqs et de poules. Ils mangeaient des belettes qu’ils avaient domestiquées pour chasser les rongeurs.

Les rillettes n’avaient pas de secrets pour eux. Ils aimaient également les escargots et tous les coquillages comestibles. Experts en salaison, les Gaulois connaissaient le sel, mais pas le poivre ou les épices.

vendredi 24 novembre 2017

L’emmêlement de pinceaux de L’Humanité.e et l’écriture inclusive




Les « damné.e.s » de la Terre s’en mêlent et, on le verra, s’emmêlent : L’Humanité.e soutient l’écriture inclusive. Récemment encore, par la plume de Daniel Roucous. Les Français, que dis-je, les centaines de millions de francophones de par le monde, ont du pain sur la planche pour assimiler, appliquer et imposer cette réforme qui durera moins longtemps que la mini-jupe car on ne prescrit pas des règles grammaticales par la terreur (pardon : par la bien-pensance et le politiquement correct qui sont toujours de droite) sauf dans le monde de 1984d’Orwell.

Si l’on y va à fond, il va falloir réécrire toute la littérature française, ou alors nos chères têtes (qui a dit « blondes » ?) n’y comprendront plus rien. Par exemple, on aménagera le début de la “ Ballade du Roi des Gueux ” de Jean Richepin :

Venez à moi, claquepatin.e.s, 
Loqueteu.x.ses, joueu.r.ses de musettes

ou “ Je ne suis pas de ce.ux.lles qui robent la louange ” de Joachim Du Bellay :

Je ne suis pas de ce.ux.lles qui robent la louange,
Fraudant indignement les humain.e.s de valeur

mercredi 22 novembre 2017

Mon boy, le don et le contre-don




Le texte de Marcel Mauss, “ Essai sur le don : Forme et raison de l'échange dans les sociétés archaïques ” In Sociologie et Anthropologie, PUF, Collection Quadrige, 1973, pp. 149-279, est l’un de ceux qui m’ont le plus marqué lorsque j’en ai pris connaissance dans les années 80.

Avant de découvrir cette étude ovarienne (et non « séminale », soyons féministe), j’avais vécu, à Abidjan où je résidais, une expérience assez singulière. Comme tous les gens gagnant correctement leur vie (Noirs, Blancs et autres), j’avais un boy (par parenthèse, le petit chef-d’œuvre de Ferdinand Oyono de 1956 Une vie de boy n’a rien perdu de son éclat). Comme la plupart des boys exerçant en Côte d’Ivoire, celui-ci était burkinais (de l’ethnie gourounsi). Ce que je ne savais pas, c’est que l’un de ses frères – on l’aurait appelé « demi frère » chez nous car ils n’étaient pas de même mère – était riche comme Crésus. Il s’agissait de l’un des hommes d’affaires les plus fortunés de l’ancienne Haute-Volta qui avait jugé prudent de fuir son pays et de s'installer en Côte d'Ivoire lors de la prise du pouvoir par des militaires progressistes emmenés par Thomas Sankara. Un beau jour, notre homme mourut de manière inattendue, d'une crise cardiaque, si je me souviens bien. Le lendemain matin, mon boy arriva au travail avec un exemplaire du seul (à l’époque) quotidien ivoirien, Fraternité matin. Ce qui me surprit car il ne savait pas lire. Il me montra en première page un article et une photo consacrés à la mort du milliardaire. Il me dit de manière neutre : « C’est mon frère ». Il m’expliqua qu’ils n’étaient pas très liés et qu’il n’avait jamais voulu travailler pour lui. Il me demanda cependant de lui accorder un congé pour l’après-midi et de lui avancer sur sa paye 5 000 francs CFA (l’équivalent de 100 francs de l’époque). Très intrigué, je lui demandai la raison de cet emprunt. Il m’expliqua que lorsque l’on rendait visite à une famille en deuil, la coutume voulait qu’on apportât un peu d’argent. Bien sûr, ces 5 000 francs serait à peine une goutte d’eau dans la fortune immense du frère défunt.