mardi 28 mars 2017

Nommer De Gaulle



Quand j’étais jeune (qui a dit « et beau » ?), on disait « De Gaulle ». Quand on était un de ses chauds partisans, on disait « le général De Gaulle ». C’est ainsi que lui-même se nommait parfois à la troisième personne. Sur sa tombe, que partagent sa femme Yvonne et sa fille Anne, le chef de la France libre a fait inscrire « CHARLES DE GAULLE ».


Les gens de ma génération, qui n’ont pas connu la guerre, n’éprouvaient aucune révérence ou fascination particulière pour cet homme. Je me souviens d’une chanson qu’on menton
nait dans les cours d’école à la fin des années cinquante en se tapant sur les cuisses (sur l'air de "Et voilà l'général qui passe") :

Et voilà l’général De Gaulle
Tout poilu
Tout tordu
La médaille au trou du cul

Hé oui !




vendredi 24 mars 2017

Parfumé mais puant


Il y a une petite dizaine d’années, j’ai publié dans Le Grand Soir un article intitulé “Power without Responsibility” (le pouvoir sans la responsabilité du pouvoir) à l’occasion d’un entretien entre Jean-Luc Mélenchon et Olivier Duhamel, européiste acharné (ancien membre du Parti socialiste), Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l’Express, et, si je me souviens bien, Jérôme Jaffré, directeur d’un grand institut de sondages français. Il s’agissait en fait d’un affrontement entre Mélenchon et trois personnalités partageant exactement les mêmes vues sur – entre autre – l’Europe.

Dans cet article, j’écrivais ceci :

« Je voudrais insister ici sur le mélange des genres, c’est-à-dire le débat entre des hommes politiques et des observateurs de la politique. Élus, les hommes politiques sont responsables de leurs actes et de leurs paroles. Les observateurs, quant à eux, sont responsables devant leurs actionnaires, mais pas devant les citoyens. Le discours d’un homme politique ne peut donc pas être de même nature que celui d’un observateur. Le pouvoir médiatique n’ayant cessé de s’étendre depuis une quarantaine d’années, à mesure que celui des politiques diminuait, les figures de proue de la presse, de la radio et de la télévision ont pu exercer un magistère de la parole sans aucune sanction citoyenne. L’homme politique rend des comptes politiques, l’homme des médias rend des comptes économiques.

En Angleterre, autrefois, on disait des maîtresses des rois (ou de leurs mignons) qu’elles ou ils exerçaient le pouvoir sans la responsabilité du pouvoir (« power without responsibility »). C’est exactement le cas, aujourd’hui, des Barbier, Colombani, Joffrin, Duhamel (Alain), Giesbert, July et d’une petite poignée d’autres journalistes « prestigieux » qui tournent dans tous les médias, se renvoient l’ascenseur, s’invitent, disent du bien les uns des autres.

Bref, les politiques sont piégés. Piégés devant l’irresponsabilité de leurs contradicteurs, piégés par un système de discours et de représentation qu’ils ont accepté, quand ils ne l’ont pas encouragé, comme le démontrait, il y a plus de trente ans, Roger-Gérard Schwartzenberg dans L’État spectacle. »

Depuis, rien n’a changé, bien au contraire.

mercredi 22 mars 2017

Publicité (à la con) et cause des femmes


Il y a 50 ans déjà, Cavanna, qui n'a jamais accepté la moindre réclame dans les publications qu'il dirigeait, nous avertissait que, nous prenant pour des cons, la pub rend con.

Suite à mon blog de la pub pour le beurre de Monoprix , un correspondant me suggère de m'intéresser aux pubs du fournisseur DishesGoods et ses produits de vaisselle sexistes. On trouve ces produits, entre autre, au BHV.

dimanche 19 mars 2017

Souvenir de Chuck Berry


Milieu des années soixante. Une ville du nord de la France. Un concert de Chuck Berry. Avec deux copains, on s’y rue. Ce type est une merveille. Fabuleux guitariste dont l’instrument sonne de manière unique, présence sur scène inouïe, un sens du rythme parfait, des textes décalés.

Á la fin du concert, avec mes deux copains, on parvient à se glisser dans les coulisses. On dit à son entourage qu’on a passé une soirée formidable et qu’on aimerait bien emmener Chuck boire un dernier verre en ville. Tous les trois, nous avons un point commun qui plait à l’entourage : pour des Français, on parle plutôt bien l’anglais. Ils nous emmènent dans la loge de celui que John Lennon considère comme le père du rock et ils disent à leur patron qu’il y a trois « Frenchies » dont l’anglais est « incredible » et qui aimeraient bien boire un coup avec lui. Il nous regarde d’un air amusé (je n’ai jamais oublié le scintillement de son regard) et propose qu’on se retrouve tous dans sa chambre d’hôtel.

samedi 18 mars 2017

Montanou : des caméras de surveillance qui ne serviront à rien (là comme ailleurs)


On peut installer une caméra tous les deux mètres, cela n’empêchera jamais les “incivilités”, les crimes, les meurtres, les assassinats. Les caméras permettent simplement de retrouver plus facilement et plus rapidement les auteurs des délits. Ce qui n’est pas rien mais n’est pas une solution à la misère et à la délinquance généralisées (attention : misère ne signifie pas nécessairement déliquence).

Ce n’est pas un hasard si l’Angleterre (la Grande-Bretagne, le Royaume-Uni) aura été pionnière en la matière. Dans 1984, et avant cela dans plusieurs essais et romans, George Orwell avait repéré – dans un pays où, paradoxe, la possession d’une carte d’identité n’est en rien obligatoire – une tendance profonde au flicage et à l’acceptation de ce flicage par la majorité.

Mais il n’y a pas que l’Angleterre en ce monde. Il y a aussi Montanou, un quartier d’Agen comme toutes les villes de France en comptent désormais, chaud, difficile. La Dépêche du Midi en donne ici un apercu, du point de vue de la mairie, dirais-je :

Ici un autre article d’une publication libertaire.

mardi 7 mars 2017

Le clou de Vermeer, George Orwell et Roland Barthes

L'actuelle exposition Vermeer m'a ramené plusieurs décennies en arrière quand, à plusieurs reprises, je suis allé éprouver des émotions rares au Rijksmuseum d'Amsterdam ou à la Mautitshuis de La Haye. Après la très brève réflexion sur la différence entre un grand peintre et un génie, je livre ici une remarque un peu plus élaborée que je m'étais faite il y a une quarantaine d'années en lisant Orwell et Barthes.

Considérons un instant la “Peseuse de perles”. Au sens propre du terme, ce tableau est une composition. On apprécie la manière dont l'artiste a planté son décor : un coin de pièce très délicatement baigné par une lumière diffuse venant, comme toujours dans les intérieurs du maître de Delft, de la gauche ; une table massive sur laquelle repose un velours froissé dont l'artiste a étudié les plis et les reflets avec un soin extrême ; un tableau dans le tableau, immédiatement allégorique – donc chargé de sens, un personnage féminin faisant face à la fenêtre et pesant des perles. On admire la prodigieuse harmonie des couleurs, l'organisation des horizontales, des verticales et des obliques que la silhouette féminine tout en rondeur et en douceur fait oublier peu à peu (la dame est enceinte). Mais le trait de génie de Vermeer dans cette œuvre c'est d'avoir saisi la peseuse au moment précis où le trébuchet se met en équilibre parfait. Le personnage féminin (le terme “personnage” convient particulièrement ici car il est généralement admis que sa peseuse – comme sa “Dentellière” ou sa “Joueuse de guitare” – étaient en fait des amies ou des parentes qu'il déguisait) cligne doucement des yeux, en paix, en harmonie avec lui-même. Mais sur le mur d'en face, il y a un tout petit détail qui brise le très profond silence de ce tableau : un clou avec à sa gauche l'empreinte que ce clou a laissé dans le mur. Et ce clou tombé, ramassé, enfoncé de nouveau fait un fracas épouvantable. Car bien que ne servant à rien, il nous dit néammoins ceci : je suis un pauvre clou, c'est pourquoi ce que vous avez devant les yeux est certes un tableau, donc une œuvre d'imagination, mais elle est peinte d'après le réel. Et le clin d'œil de Vermeer est d'autant plus appuyé que, dans une autre de ses œuvres, “La laitière”, on retrouve ce clou exactement au même endroit mais dans un décor tout autre.

Le clou de Vermeer, George Orwell et Roland Barthes