dimanche 18 février 2018

La Cinq ment par omission (très souvent)




Vendredi 16 février, l’émission “ C dans l’air ” de La 5 proposait une réflexion sur l’avenir de la SNCF, en d’autres termes sa privatisation, l’ouverture au marché européen, la fin des « privilèges » des cheminots et de leur statut, du merveilleux grain à moudre pour les économistes de droite et d’extrême droite que l’émission invite régulièrement. Les débats (sic) étaient animés par Bruce Toussaint qui, parce qu’il est très pris sur d’autres antennes, a peu de temps pour préparer ses dossiers et donc choisit la posture du naïf. Seulement, Toussaint – et sa consœur Caroline Roux naturellement – donneraient à l'extrême droite au service du patronat le Bon Dieu sans confession.


Parmi les invités, un économiste qui a son rond de serviette dans l’émission : Bernard Vivier. Toussaint le présente comme responsable de l’Institut Supérieur du Travail. Ce faisant, il commet un énorme mensonge par omission, une authentique crapulerie. « Institut Supérieur du Travail », ça en jette. Ça fait presque officiel. On se dit que ça a un rapport avec l’enseignement supérieur, même si on n’a jamais vu d’« Institut Inférieur du Travail ». Ça résonne de manière au moins aussi glorieuse que la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques d’Agnès Verdier-Molinié.

samedi 17 février 2018

Un bon mot de Sacha Guitry (et Johnny)





On connaît tous l’expression « une mine (tête, boule, gueule) d’enterrement », quand on a l’air vraiment malheureux, que l’on mène un proche jusqu’à sa dernière demeure ou non.

Assurément, il m’est facile de trouver, après coup, que David Michael Benjamin Smet, dit David Halliday, faisait une drôle de tête lors des funérailles nationales de son illustre père. J'avais d'ailleurs fait remarquer à mes proches qu'il se tenait à distance respectable de sa belle-mère. Savait-il que les grandioses festivités de l’enterrement de son père allaient déboucher sur de sordides batailles d’avocats où, fatalement, tout serait mis sur la table ? Que connaissaient les époux Macron, récents « amis » de Johnny et Lætitia, de cette famille tout de même un peu atypique ?

Comme il faut bien rire un peu, cette ambiance fétide m’a rappelé une fine répartie de Sacha Guitry. L’ancienne gloire du théâtre et du cinéma français se trouvait un jour dans un cocktail organisé par une des belles et grandes familles parisiennes qu’il affectionnait tant. Tout allait pour le mieux. Ce qui frappait, manifestement, c’était les échanges très enjoués qui régnaient au sein de la puissance invitante. Un ami de Sacha s’approcha de lui et lui souffla qu’il avait rarement vu des relations de proximité aussi chaleureuses et contagieuses. Sacha lui répondit :

— Ils n’ont pas encore hérité…

mercredi 14 février 2018

Michel Cornaton. La Guerre d’Algérie n’a pas eu lieu – Du déni à l’oubli, chronique d’une tragédie.


Bon, je ne vous cacherai rien : je connais Michel Cornaton depuis une petite quarantaine d’années. Nous fûmes collègue à l’Université nationale de Côte d’Ivoire, ce lointain proche où des amitiés très solides pouvaient se nouer entre expatriés. Michel est l’une des personnalités les plus singulières, les plus riches et les plus attachantes qu’il m’a été donné de rencontrer.

Il est l’auteur d’une œuvre importante, dans les deux acceptions du terme. Entre autre d’une étude sur les camps de regroupement en Algérie dont j’ai rendu compte ici. Dans son étude et sa dénonciation de ces camps, il s’opposa à Pierre Bourdieu, dont la démarche, ou plutôt l’absence de démarche, fut une faute grave.

Toutes les vies sont des romans. Á condition de savoir les raconter, c’est-à-dire de partager ce postulat de Roland Barthes selon lequel le monde a été créé pour se terminer dans un livre. Avec Michel Cornaton, nous sommes servis. Trop bien, dirais-je. Avec le volumineux récit qu’il nous fournit, il aurait pu écrire deux ouvrages. Le titre est en effet un peu trompeur car la Guerre d’Algérie, qui fut la grande affaire, la grande cause de sa vie, n’occupe en gros que la moitié du livre.


Note de lecture (175)
Michel Cornaton derrière le poète Jean Tardieu



samedi 3 février 2018

Ce que font les Zuniens aux vaches



80 à 90% de ce que mangent les Zuniens est une nourriture reconstituée, trafiquée. Cette nourriture provient de l’industrie agro-alimentaire qui, en bonne logique capitaliste,  est entre les mains de milliardaires de moins en moins nombreux. Ainsi, il y a cinquante ans, le pays comptait plusieurs milliers d’abattoirs. Il en compte aujourd’hui treize.

Ils en crèvent à petit feu car ils sont tous (à part les plus riches, et encore) contaminés par une nourriture standardisée dont une des caractéristiques forte est le sucre. Chaque Zunien en ingère plusieurs centaines de kilos par an. 35 grammes dans une canette de Coca Cola de 33 cl. D’où le nombre en croissance fulgurante de diabètes de type 2, cause de cécité.

jeudi 1 février 2018

J’ai besoin de 130 kilos de professeur




J’ai été récemment destinataire d’un courriel collectif qui comportait ces deux phrases :

« En l’état actuel de nos démarches, nous devons encore réunir une MCF femme, deux PR femmes et deux PR hommes. Un(e) au moins des membres sera de préférence spécialiste en Linguistique anglaise. »

L’auteur en était un maître de conférences en Littératures du Commonwealth.

Deux mots d’explication. Il revenait au collègue la tâche de constituer un « comité de sélection » en vue du recrutement d’un maître de conférences en grammaire et linguistique anglaises. Il s’agit de la procédure normale depuis Pécresse et sa sinistre loi LRU.

Ce qui me choque dans les deux phrases du collègue c’est qu’elles sont genrées. Dans la Fonction publique, aucune loi ne prévoit de contingents selon le sexe. Un comité de sélection peut être paritaire, composé exclusivement de femmes ou d’hommes. Or il est très clair que, dans l’appel du collègue, le sexe comptait davantage que la spécialisation. Il est d’ailleurs plutôt singulier qu’un spécialiste de littérature fût responsable du recrutement d’un linguiste.

dimanche 28 janvier 2018

André Gardies. Derrière les ponts




Quand André Gardies tisse de nouveau les fils de sa vie jusqu’à son enfance, il brode une dentelle qui devient une toile de Bayeux. Dans cet ouvrage, qui est une troisième réédition et que l’on peut qualifier d’autofiction, il nous (se) transporte soixante-dix ans en arrière, dans une portion de France qui va de Nîmes à la Lozère, une France qui, à bien des égards et jusque dans ses moindres recoins, a survécu aux profonds bouleversements du XXe siècle.

Cet ouvrage commence par une fausse piste, celle des origines d’un enfant qui eut deux mères, celle de tous les jours, tangible, consolatrice vraie et celle du discours : « Celle qui faisait vibrer son cœur, qui pansait les blessures de l’âme et du corps, bref celle qu’il connaissait d’amour, la vraie pour lui, qu’il appelait Man, mais qui n’était pas la vraie, et celle qui vivait par la paroles des autres. » Malheureusement (selon moi), Gardies va laisser de côté cette dichotomie déstabilisante et inquiétante, pour écrire un autre livre, celui d’un au-delà où « tout est à vivre ». Ces souvenirs seront rapportés grâce aux yeux de l’enfant, avec quelques prises de parole d’autorité pas vraiment utiles d’un narrateur devenu soudain adulte, même si cela donne des morceaux de bravoure, comme cette superbe description de la figue, fruit autant mâle que femelle.